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Le Niger maintient sa frontière avec le Bénin fermée

Rodrigue Guézodjè
29 février 2024

Cinq jours après la levée du blocus économique par la Cédéao, le Bénin a ouvert sa porte. Mais le Niger ne suit pas.

Flagge Benin
Image : Valerio Rosati/Zoonar/picture alliance

Dans la ville béninoise de Malanville, une ville frontalière qui fait face à celle de Gaya, au Niger, l'ambiance est la même qu'avant la levée des sanctions contre le Niger. Malgré l'ouverture de la frontière côté béninois, quelques heures après la décision de la Cédéao, la circulation et les transports de marchandises n'ont pas pour autant repris : les autorités nigériennes refusent d'ouvrir leur frontière. Les habitants de la région attendent pourtant cette mesure.

Traversée fluviale ... quand c'est possible

Adamou Salifou, un Nigérien de Gaya, confirme que la seule solution reste de traverser le fleuve Niger en pirogue : "Tout est fermé. Donc ceux-là, ce sont des gens qu'on dépose et qui prennent des pirogues pour pouvoir traverser. Sinon, la traversée n'est pas possible pour l'instant par la voie terrestre, sauf par voie fluviale comme d'habitude."

"Le Bénin a vraiment perdu la confiance du Niger" (I. Mamane)

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Mais n'emprunte pas la voie fluviale qui veut. La situation reste donc bloquée à Gaya, comme à Malanville. Ce que déplore Issaka  Mamane, le secrétaire du Syndicat des agents de transit douane du Niger : "Il y a plein de camions qui attendent vraiment l'ouverture pour pouvoir passer, parce que certains ont pu contourner, mais d'autres n'ont pas pu avoir cette possibilité. D'autres sont là-bas, les marchandises ont pourri. Le Bénin a vraiment perdu la confiance du Niger. Pour que tout redevienne vraiment comme avant, ce ne sera pas du jour au lendemain."

C'est ce qui inquiète justement les transporteurs. Pendant combien de temps Niamey restera-t-il encore rigide face à cette situation ? Avant la fermeture des frontières, le corridor béninois, qui relie le port de Cotonou à Niamey, accueillait en effet 80% du fret nigérien.

Une fermeture coûteuse

En attendant, les camionneurs et d'autres commerçants se voient contraints d'exploiter le contournement Togo-Burkina Faso. Mais Moumouni Khalilou Boubacar, directeur général de la Société nigérienne Transport-Logistics, estime que cette option n'est pas la meilleure : "Aujourd'hui, nous transporteurs, nous ne voulons pas emprunter le tronçon Togo-Burkina, ça ne nous arrange pas. Parce que nous payons trois fois les droits de douane, nous payons trois fois les frais de transport terrestre. Un conteneur que tu amenais à Niamey à 1,2 million de Cotonou via Malanville, il coûte de 3,6 millions à quatre millions en empruntant le tronçon du Togo vers Kaya, pour venir à Niamey. Vous imaginez ?"

Incompréhension 

La situation engendre d'énormes pertes pour tout le monde. Et pour les autorités béninoises, il n'y a plus de raisons qui justifient le blocage du côté nigérien. Olushegun Adjadi Bakari est le ministre des Affaires étrangères du Bénin : 

"Je suis convaincu qu'en face, nos frères du Niger comprendront ce geste, le saisiront au bond et profiteront en fait de la période dans laquelle nous rentrons aujourd'hui, qui est une période importante, puisque nous croyons tous, d'une manière ou d'une autre, en Dieu, pour pouvoir saisir cette main-tendue et faire en sorte que nous puissions avancer le plus rapidement possible vers une normalisation des choses."

La normalisation des relations entre le Bénin et le Niger, pour le rétablissement du trafic à leur frontière, est en tout cas le vœu des populations des deux pays.

Reportage réalisé avec la collaboration de Balkissa Sifi Ahmed à Gaya, à la frontière entre le Bénin et le Niger